🌙 L’AĂŻd chez Farah : une histoire de parfums, de traditions et d’amitiĂ©
Dans l’immeuble tranquille oĂą vivait Farah, une douce odeur de fleur d’oranger et de miel flottait dans le couloir. C’Ă©tait la dernière semaine du Ramadan, celle oĂą les maisons s’emplissent de parfums sucrĂ©s et de prĂ©paratifs pour l’AĂŻd. Rose, sa voisine, sentit ces effluves en passant devant la porte entrouverte de Farah. IntriguĂ©e, elle frappa doucement.
— « Farah, qu’est‑ce que tu prĂ©pares ? On dirait un mĂ©lange de fleurs, de miel… et quelque chose qui me rappelle les pâtisseries du Moyen‑Orient ! »
Farah sourit. Elle adorait cette pĂ©riode de l’annĂ©e.
— « Je prĂ©pare les gâteaux de l’AĂŻd. C’est une tradition que j’ai hĂ©ritĂ©e de ma grand‑mère. Quand j’Ă©tais petite, sa maison sentait toujours la fleur de rose, la fleur d’oranger et le hennĂ©. J’essaie de recrĂ©er cette ambiance pour mes enfants. »
Rose, surprise, avoua qu’elle ne savait pas que la dernière semaine du Ramadan Ă©tait si chargĂ©e.
— « Oh oui ! » rĂ©pondit Farah en riant. « On prĂ©pare des gâteaux pour la famille, pour les visiteurs… et mĂŞme pour les voisins ! La tradition veut qu’on Ă©change des pâtisseries entre voisins. C’est une manière de partager la fĂŞte, mĂŞme avec ceux qui ne la cĂ©lèbrent pas. »
Rose trouva cela magnifique. Cela lui rappelait les maisons en pain d’Ă©pices qu’elle prĂ©parait avec sa grand‑mère pour NoĂ«l.
En observant Farah s’activer avec assurance dans sa cuisine, Rose osa poser une question qui la trottait depuis longtemps.
— « Farah… je peux te demander quelque chose ? J’ai toujours pensĂ© que dans ta religion, les femmes n’avaient pas vraiment leur mot Ă dire… »
Farah posa sa cuillère et s’assit face Ă elle, sans se vexer.
— « Beaucoup de gens pensent ça. Mais ce n’est pas si simple. Pendant longtemps, les hommes avaient plus accès Ă l’Ă©ducation, donc ils prenaient plus de dĂ©cisions. Mais dans nos textes sacrĂ©s, il y a Ă©normĂ©ment de femmes fortes et respectĂ©es. »
Elle cita quelques exemples :
Marie, mère de Jésus, honorée pour sa foi et sa force.
La reine Balkis, qui gouverna tout un peuple et dialogua d’Ă©gal Ă Ă©gal avec le prophète Salomon.
La femme du Pharaon, symbole de courage et de justice.
Khadija, la première épouse du prophète, une grande commerçante, indépendante et plus âgée que lui.
— « Et tu sais, mĂŞme le prophète a vĂ©cu des moments difficiles. Après la mort de Khadija, il a traversĂ© une longue pĂ©riode de tristesse. Ses mariages suivants n’Ă©taient pas des histoires de domination, mais souvent des alliances politiques, des soutiens sociaux, ou des protections pour des femmes veuves ou divorcĂ©es. Et crois‑moi, la jalousie entre ses Ă©pouses ne lui rendait pas la vie facile ! » dit Farah en riant.
Elle ajouta :
— « Dans notre religion, la femme peut prendre des dĂ©cisions, gĂ©rer, conseiller. Le respect est mutuel. Et quand une dĂ©cision touche Ă la dignitĂ© de la femme, elle a le droit de dire non. »
Rose Ă©coutait, fascinĂ©e. Elle dĂ©couvrait un univers qu’elle ne connaissait pas.
Farah continua en expliquant la symbolique des pratiques religieuses.
— « Par exemple, la prière cinq fois par jour nous apprend l’organisation, la constance, le respect du temps. Et la prière de l’AĂŻd nous rappelle que mĂŞme si on peut vivre seul, on a besoin de la communautĂ©, de partager des moments de joie. »
Rose sourit.
— « C’est beau… Je ne voyais pas les choses comme ça. »
Puis, avec un petit rire :
— « Et… est‑ce que je pourrais avoir la recette du makrout et du tcharek ? Ça sent tellement bon que je ne peux pas repartir les mains vides ! »
Farah éclata de rire.
— « Avec plaisir ! Et tu repartiras aussi avec une boĂ®te de gâteaux. C’est la tradition. »
Rose souhaita un très bel AĂŻd Ă Farah, touchĂ©e par cette dĂ©couverte. Elle rĂ©alisa que, malgrĂ© leurs religions diffĂ©rentes, leurs traditions se ressemblaient : des odeurs, des souvenirs, des gâteaux, des grands‑mères, et surtout… beaucoup d’amour.
Avant que Rose ne quitte l’appartement, Farah ajouta avec un clin d’Ĺ“il:
— « Si tu veux mieux comprendre les diffĂ©rences culturelles, les malentendus, et mĂŞme les limites de connaissance que certains de ma communautĂ© peuvent avoir sur leur propre religion… regarde le feuilleton (Meskina, la pauvre):
https://www.allocine.fr/series/ficheserie_gen_cserie=28813.html,
saisons 1 et 2. C’est l’histoire de personnages de cultures diffĂ©rentes qui vivent dans le mĂŞme quartier. On y voit la rĂ©alitĂ©, les difficultĂ©s, les prĂ©jugĂ©s… mais aussi la beautĂ© du vivre‑ensemble. Je te le recommande vraiment. »Rose nota le titre avec enthousiasme.
— « Merci Farah. Je crois que cette annĂ©e, l’AĂŻd aura aussi une petite place dans mes souvenirs. »

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